Subvertir Octobre Rose : moins de pinkwashing, plus de prévention !

Chaque année en octobre, le rose envahit les rues, les entreprises et les réseaux sociaux. Courses, marches, rubans, produits dérivés et opérations de communication se multiplient au nom de la lutte contre le cancer du sein.

Mais derrière le rose, une question reste largement absente : et si le travail rendait aussi malade ?

Octobre Rose est devenu une opération de communication et parfois de marketing permettant à certaines entreprises de soigner leur image et d’associer leur marque à une « bonne cause ». Pendant ce temps, les causes professionnelles et environnementales des cancers du sein restent largement invisibilisées.

Le cancer du sein : une fatalité ?

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes. En France métropolitaine, plus de 61 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2023. Il est également la première cause de mortalité par cancer chez les femmes, avec plus de 12 000 décès chaque année.
Face à ces chiffres, le discours dominant insiste principalement sur les comportements individuels : consommation d’alcool et de tabac, surpoids, activité physique, alimentation…
Ces facteurs de risque existent, mais réduire la prévention à des choix individuels revient à faire porter aux femmes une responsabilité qui ne leur appartient pas.

Et si nous regardions aussi du côté du travail ?

Ce que le travail fait aux femmes

Le travail de nuit, les horaires atypiques, les rayonnements ionisants ou encore l’exposition à certains produits chimiques sont susceptibles d’augmenter le risque de cancer du sein. Pourtant, le facteur professionnel reste largement absent des campagnes de prévention du cancer du sein.

Les femmes sont rarement interrogées sur leurs conditions de travail. À quels produits sont-elles exposées ? À quels horaires travaillent-elles ? Quels risques sont inscrits dans leur environnement professionnel ? Comment ces risques sont-ils évalués selon le genre ?
Cette invisibilisation n’est pas sans conséquence.

En France, il n’existe toujours pas de tableau de maladie professionnelle spécifique pour les cancers du sein.

Les femmes qui cherchent à faire reconnaître l’origine professionnelle de leur maladie doivent donc engager des démarches individuelles longues et éprouvantes. Certaines ont pourtant obtenu cette reconnaissance après des années de combat.
Ce ne sont pas seulement les femmes qu’il faut sensibiliser : c’est le travail qu’il faut transformer.

Octobre Rose : changeons de programme !

La mobilisation autour d’Octobre Rose est l’occasion de faire entendre une autre voix, celle de la prévention collective et de la santé au travail.

Pour Solidaires, il s’agit de ne pas laisser croire que la prévention se résume aux comportements individuels. Prévenir, c’est aussi supprimer les risques à la source. C’est permettre aux travailleuses et travailleurs de connaître les risques auxquels ils et elles sont exposé·es et de pouvoir agir collectivement.

Solidaires revendique :

→ La reconnaissance du cancer du sein comme maladie professionnelle et l’inscription de l’ensemble des cancers féminins dans les tableaux de maladies professionnelles lorsque les connaissances scientifiques le justifient.

→ La reconnaissance de la poly-exposition dans les procédures de reconnaissance des maladies professionnelles.

→ L’interdiction de tous les produits chimiques classifiés CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique ; c’est-à-dire toxique pour la reproduction) et, s’il n’existe pas de produits de substitution possibles à ceux-ci.

→ Le maintien et renforcement de l’interdiction d’employer des salarié·es en CDD, intérimaires ou en contrat de chantier, des femmes enceintes et des mineurs dans des travaux les exposant aux risques chimiques et aux agents classifiés CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques, c’est-à-dire toxiques pour la reproduction)

→ Une véritable politique de prévention primaire des cancers professionnels.

→ La limitation et, partout où elle est possible, la suppression du travail de nuit.

→ Un suivi médical renforcé et durable des personnes exposées, sans limitation arbitraire dans le temps.

→ Le dépistage et les examens de prévention sur le temps de travail, sans perte de salaire.

→ Un véritable accompagnement du retour au travail après un cancer.

→ Des moyens supplémentaires pour la médecine du travail et l’inspection du travail.

→ Une recherche publique sur les causes professionnelles et environnementales des cancers, qui prenne enfin en compte les différences de genre.

Nous n’avons pas besoin de davantage de communication rose. Nous avons besoin de prévention.

Nous n’avons pas besoin qu’on nous explique comment rester « féminines » pendant un cancer. Nous avons besoin d’hôpitaux qui soignent, de recherche publique et de moyens pour prévenir les maladies.

Nous n’avons pas besoin qu’on nous culpabilise sur notre alimentation, notre poids ou notre activité physique. Nous avons besoin que les employeurs cessent de nous exposer à des produits cancérogènes et respectent leurs obligations en la matière.

Et après Octobre Rose ?

Parce que la prévention ne peut pas durer un mois, les actions menées en octobre doivent trouver des prolongements toute l’année.